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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 14:41

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je sens ! Tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures, ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmant climats, où l'espace est plus beau et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
[...]
Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure je vois resplendir l'infini de l'azur tropical ; sur les rivages de ta chevelure, je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
Laisse moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me sembe que je mange des souvenirs.

Charles Baudelaire. 

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Published by Hey_57 - dans Citations
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SoF76 23/05/2009 16:23

Baudelaire, sans conteste l'un de mes poêtes préférés, même si Le Spleen de Paris et ses petits poêmes en prose (d'où est extrait le poème ici) me parlent moins. L'un des textes de Baudelaire qui m'a le plus marqué, c'est Spleen IV. Cette écriture au style tellement imagé...

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis
Et que l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits.
Quand la terre est changée en un cachot humide
Ou l'espérance comme une chauve souris
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris.
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux.
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniatrement.
Et de longs corbillards, dans tambours ni musique
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir
Vaincu, pleure, et l'angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.