Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 20:10

Il avait l’âme triste, toute avachie. C’était malgré tout un bel après-midi qu’il vivait là, Achille. Un grand soleil, une petite brise, juste ce qu’il fallait pour donner à l’air cette fraîcheur qui vous regonfle en quelques secondes. Mais à Achille, il aurait fallu plus que de l’air, ou alors des tempêtes, les blizzards les plus affreux... Dans sa tête, la fadeur gagnait du terrain à chaque seconde, tout lui semblait maussade, plus rien n’avait de saveur. Il avait oublié la vie, et de cet oubli avait découlé un abandon, le plus fatal. Chaque seconde, son existence devenait un fardeau plus lourd à porter, l’espoir était ailleurs, mais où ? Du haut de cet immeuble, il pouvait voir tous les environs, d’insipides petits points se déplaçaient sous ses yeux éteints. Assis sur le rebord, il regardait flotter ses pieds au dessus du vide. Lentement, il sentit son esprit s’éveiller. Il se rendit compte qu’il ne regardait pas ses pieds mais bien le gouffre immense qui se trouvait entre eux, la mort en face à face. Dès lors, il arrêta de bouger. Il savait qu’il n’était pas monté là pour la vue, il pensait à ce moment depuis longtemps. Il lui semblait que le temps était venu. Il approcha ses mains du bord du muret sur lequel il se trouvait pour s’aider à sauter loin du bâtiment. Il s’était vu sauter des dizaines, des centaines, des milliers de fois, il avait réfléchi à la position qu’il devait prendre, il se demandait comment se comporterait son corps en flottant dans les airs pour les dernières secondes de son existence. Ses mains commencèrent à se crisper tandis qu’il ramenait ses pieds contre la paroi, toujours afin de sauter plus loin de l’immeuble. Lorsqu’il trouva la bonne position, ses oreilles se mirent à siffler plus fort qu’après n’importe quelle explosion entendue au cours de sa vie. Ce sifflement était comme une prière, son corps lui disait « Non Achille, ne me fais pas ça !... ne te fais pas ça ! ». Mais il ne pouvait plus l’entendre, il lui semblait qu’il était déjà mort. La tension était si forte et ses mains si transpirantes qu’un rien aurait suffit à le faire glisser, à le faire rater la dernière chose de sa vie. Ses doigts serraient si fort le muret qu’il pouvait sentir de petits cailloux pénétrer sa peau, cette douleur lui semblait plus que jamais insignifiante, pouvait-on même appeler ça une douleur ? Il avait l’esprit clair, c’était le moment. Il décida de compter jusqu’à cinq. Un, deux, trois, quatre… cinq. Achille se laissa lourdement tomber, en arrière. Son cœur n’avait jamais battu si vite, son corps n’avait jamais été aussi ruisselant. Il resta là un moment, à regarder le ciel. Et il vécu, je crois, très vieux.

Partager cet article

Repost 0

commentaires