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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 00:43

« Le voyage dans le sang »… C’était l’expression fétiche que les proches d’Adeline utilisaient pour parler d’elle en son absence. Autour d’un café, ils lâchaient invariablement ces cinq mots qu’ils associaient à un sourire plein de mélancolie, un soupir s’y ajoutait parfois lorsque le manque devenait pesant. Cette rage du mouvement avait façonné chez eux une image toute particulière d’elle, ils ne la pensaient comme personne d’autre. Il leur semblait qu’Adeline était un mirage, une apparition furtive qui profiterait sans aucun doute du premier instant où leur regard n’était pas fixé sur elle pour disparaître loin, se volatiliser.  Cette brutalité dans ses apparitions et ses disparitions créait chez eux une sorte d’adrénaline en sa présence, elle était là !... quand est-ce que la rupture arriverait ?... combien de temps restait-il ? Cette tension était une presque-magie, Adeline en était le meilleur tour.

 

Marchant seule dans New York par un après-midi nuageux, Adeline n’avait jamais eu la moindre idée de ce qu’elle pouvait provoquer à des milliers de kilomètres de là. Elle était sortie depuis quelques heures et se promenait en laissant les rues défiler au hasard sous ses pieds. Elle ne le savait pas non plus, mais ce 10 Avril 2009 à 17 heures 24 précises, lorsqu’elle choisit de prendre la rue de gauche dans ce quartier nommé Five Pointz, elle bouleversa sa vie. Quelques 22 secondes plus tard, elle remarquerait une forme sur un mur au loin, deux minutes de plus et sa démarche ralentirait jusqu’à arriver à hauteur de ce mur sur lequel un inconnu avait soulagé son talent des mois auparavant.

 

DPP_00014.jpg 

 

Elle avait marché jusque là en laissant la chance décider, ce visage était venu à elle. Le portrait était d’une noirceur qui l’aurait d’ordinaire laissée de marbre, mais au moment même où elle était arrivée en face du mur, les nuages avaient autorisé le passage à quelques rayons de soleil qui se reflétèrent sur la peinture noire pour donner au tout un éclat charismatique. Elle regarda d’abord ces deux mains qui disaient « Par ici, regarde mes yeux » - ce qu’elle ne tarda pas à faire. En abandonnant son regard à celui de cet homme, de ce mur, elle entra dans un moment de désarroi. Le tag eu l'effet d'un miroir. Mais à personne presque-magique, miroir presque-magique, il préféra renvoyer son âme à Adeline plutôt que son image. Elle ressentit alors ce qui à des milliers de kilomètres provoquait ces cinq mots, "Le voyage dans le sang"... Elle fixa encore ce mur, cet homme, ce miroir une minute, puis couru jusqu’à la première station de métro qu’elle trouva, le sort voulu qu’elle s’appela Court Square. Les nuages vinrent à nouveau masquer le soleil dont les derniers rayons firent scintiller les larmes qui perlaient sur ses joues.

 

Photo par Vincent Voizard

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