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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 23:03

Je me lève, me lave et déjeune en sifflant, je prends mon temps. Je sors, les mains dans les poches. L’air a cette légèreté des matins ni trop frais ni trop chauds, il est 10h. Aujourd’hui, rien d’important n’est prévu, c’est une journée pleine d’insignifiance, je ferai ce que j’ai à faire, rien de décisif. Je lève le nez vers un ciel d’un bleu habituel pour la saison. En baissant la tête, j’aperçois une silhouette féminine fraîche au loin. Une démarche planante, une silhouette printanière pleine de voltiges et de sursauts embaumée d’une légèreté insolente, une brune. Je continue ma route tranquillement, les yeux fixés sur elle, je reprends mes sifflotements. Un tournant sec sur la gauche et je retrouve ma silhouette entrain d’attendre à un feu, je m’arrête à sa hauteur en regardant le sol, je ne siffle plus. Nous traversons côte à côte cette large rue ensoleillée dans le boucan citadin. En arrivant au feu, j’ai pu apercevoir son profil, un petit nez joli que je me ressasse en marchant si près d’elle. Arrivé de l’autre côté de la route, je suis à nouveau derrière elle, ses cheveux lisses brillent au soleil et me percent les yeux, je les plisse pour ne pas baisser la tête. Elle s’arrête à hauteur de mon arrêt de bus en se mouchant, le petit nez joli n’aime pas le pollen ? Quoiqu’il en soit, le paquet de mouchoir remis hâtivement dans le sac tombe sur le sol sans qu’elle s’en aperçoive. Je m’approche sans rien brusquer d’autre que mon rythme cardiaque et ramasse le paquet. Je me rends compte en trouvant ce paquet de mouchoir très beau et intimidant qu’on donne les mêmes caractères aux objets qu’à leurs propriétaires. Je me relève, « tu l’as fait tomber ». Les mots, en passant, me chauffent la bouche comme une gorgée d’alcool. Deux yeux pleins d’autorité, brun aussi. Un petit front rond, des mâchoires carrée et toujours au milieu, ce petit nez. Joli ! Soudain, l’autorité s’effondre comme un masque mal porté et un sourire m’est offert en remerciement. Je m’installe près d’elle avec un sourire béat, ineffaçable. Le bus arrive, nous montons. A l'intérieur, nous nous retrouvons debouts dans la foule, presque collés. Ce jour de beau temps, cette journée d’été programmée pour n’être rien, ce petit morceau de vie tout destiné à être du remplissage et à s’égarer dans les brumes de mon existence est finalement le plus important de ma vie, le jour où j’aurai rempli une seule personne de toute ma rage d’amour, de ma folle passion de mettre l'humanité dans un être, un seul.

 

« Il existe comme ça certaines dates qui comptent parmi tant de jours où l’on aurait pu se passer de vivre. » Louis-Ferdinand Céline – Voyage au bout de la Nuit.

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commentaires

belette 22/02/2010 11:23


j adore céline!!écrivain extraordinaire,avec son chat bébert !!bonne continuation!!


Vincent 18/02/2010 12:38


Je reve de ce genre de rencontre. C'est quand tu veux qu'on se promene dans Nancy ou je ne sais ou (pas d'accent pour cause de clavier qwerty) pour chercher au hasard cette jolie brune. T'en dis
quoi?


Hey 18/02/2010 16:57


OK, GG.