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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 23:54

Un type marche le long d'une route dans un décor désertique, sans pitié. Il marche lentement mais sûrement dans cet enfer de chaleur et de vide. Une vieille Ford semble sortir de l'infini et s'arrête près de lui dans un nuage de poussière. Il la regarde d'abord puis sans parler, entre et s'installe, il place son coude sur le rebord de fenêtre. Aucun regard n'est lancé vers le conducteur, il observe durant tout le voyage la limite entre la couleur orangée du désert et le bleu du ciel, cette ligne interminablement droite et inchangée. Le soleil reflète ce paysage de désolation sur ses lunettes de soleil, aucune moue n'apparaît sur ce visage imperturbable, on a même peine à imaginer quels yeux peuvent se cacher derrière les lunettes de soleil. Lorsque la voiture arrive à une cabine téléphonique isolée de tout, le chauffeur dépose l'homme et la voiture s'enfonce dans les profondeurs de l'horizon, notre homme la regarde disparaître, comme pour s'assurer qu'elle part bien. Une fois disparue, il se dirige vers la cabine avec cette démarche si assurée et monotone qu'il semble n'être pas humain. Il sort de sa poche quelques pièces si sales qu'on aurait du mal à les reconnaître et les glisse dans la machine. Après le cliquetis des pièces, il saisit le combiné qu'il coince entre sa mâchoire et son épaule. Il tape uniquement des chiffres de temps à autres sans parler. Pourquoi ne parle-t-il pas ? Il tape ses bottes pour en chasser la poussière avant de raccrocher puis sort de la cabine. Il se dresse droit vers le soleil et allume une cigarette qu'il fume en le regardant comme pour le défier. Lorsqu'il la termine, il lâche le mégot sans l'éteindre - à quoi pourrait-il bien mettre le feu ? - et continue sa route dans le même sens que la voiture. Il évolue si lentement dans cet abîme qu'il ne semble pas avancer. Son périple semble alors durer une éternité, on discerne juste le mouvement de ses jambes sans le voir avancer, comme pour montrer à quel point l'effort est vain... Et son humanité semble le rattraper un peu plus à chaque pas, la fatigue rend sa démarche lancinante, la soif peut se lire chaque seconde un peu plus facilement sur son visage. Après encore quelques kilomètres à marcher vers nulle part, il fait son dernier pas et s'arrête. Il tangue quelques secondes, tombe sur ses genoux et s'écrase face contre le sol. Cet homme est un rêve abandonné et cette route est jonchée d'autres cadavres. Ces cadavres qui gisent dans nos têtes à tous.

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