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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 20:45

On est arrivé tard. C’était rien de pressé cette soirée, on se promenait sans savoir vraiment où on allait, ça inquiétait personne dans le groupe. On n’était pas là pour s’inquiéter.

 

Quatre jours plus tôt on était arrivés à Leeds, on venait passer une semaine anglaise. Une semaine à déambuler, à suivre les copains sans réellement chercher l’endroit où on allait. Comme cette soirée où on avait atterri à Wakefield… Je suivais. C’était agréable ces petits anglais ! Polis, la langue pleine de chansons : ‘WwWwWw’ par ci, ‘thethethe’ par là. Ca sonnait bien, une charmante musique quand on ne tombait pas sur un bœuf.

 

Ce soir là, on était une petite expédition à chercher ce bar dans des rues anglo-glaciales. On arrêtait tout le monde, « ouère iz Zeuh Op pliz ? Ze peub ! », ensuite on faisait la gueule, fallait saisir quelque chose ! Mais je laissais les autres négocier le sens de ce qu’ils avaient entendu. Je trouvais criminel de coller du sens à ces bredouillages magnifiques. Comment ce superbe « Iouteïkzeuhfwstonzewaïte » pouvait-il vouloir dire quelque chose ?... Il devait rester cette masse sonore fascinante, il ne devait pas vouloir dire qu’il fallait prendre la première à droite. Non…! C’était des myriades d’amour qui devaient se trouver dans ce charabia, des promesses éternelles ! Pas de ‘première à droite’, non non non ! C’était un vers pour des amants : dans l’obscurité avant de se quitter, on s’étreindrait une dernière fois en se susurrant un suave « Iouteïkzeuhfwstonzewaïte » à l’oreille… Oui mon amour, « Iouteïkzeuhfwstonzewaïte » !

 

On a quand même fini par y arriver au ‘Zeuh Op’, je me demandais qu’est-ce que c’était ce fameux ‘Zeuh Op’ dont j’entendais le nom bizarre depuis des heures. Je me souviens bien cette impression que j’ai eu en découvrant que ‘Zeuh Op’ était en réalité ‘The Hop’. L’image de l’épaisse porte en bois portant le nom du bar m’est restée en tête, intacte.

 

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Pour les bars ils savent ces anglais, ils savent… Il faisait bon, c’était chaleureux, un groupe jouait ce que j’espérais entendre avant d’entrer : un bon rock anglais comme on n’en fait pas en France (on sait pas faire). On s’est installé près de la scène, sur le côté. J’ai d’abord apprécié la musique. Il y avait du style, des cheveux longs à s’en cacher le visage et de l’énergie… ah l’énergie ! Ca gueulait, ça tapait sur sa guitare, ça tenait pas en place. De la colère, presque ! Du bonheur, complètement !

 

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J’avais pas regardé ailleurs depuis le début de la soirée, j’allais au bar commander la tête tournée vers la scène. On était à peu près les seuls à offrir autant d’attention au groupe. Pour les autres, ça avait l’air normal, ils s’en foutaient. Après ma troisième pinte, je me suis dit qu’il valait mieux regarder où je marchais parce que je marcherais peut-être plus très droit, alors j’ai finalement tourné la tête… Au bar, le même serveur m’a servi la même chose. J’ai regardé un peu autour, j’étais à côté d’une brune qui buvait un café, un capuccino peut-être. C’était une locale parce qu’elle tournait le dos à la scène, elle s’en foutait aussi.

 

Elle m’a regardé et m’a adressé un sourire qui m’aurait fait plaisir si j’avais été sobre. Après trois verres et quelques gorgées d'un quatrième, j’avais littéralement fondu en voyant ses dents. Autre effet de ces trois-pintes-et-des-poussières, je commençais à croire que je parlais anglais, j’ai donc engagé la conversation, plein de confiance. Ca s’est encore mieux passé que je ne l’avais imaginé, elle riait en m’entendant parler. Après les premières phrases classiques de présentation, elle m’a posé une question. Puis s’est plongée dans son café, ou son capuccino.

 

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J’avais encore adoré l’anglais de cette phrase. Ils chantaient déjà en disant des trucs mais quand ils posaient des questions, c’était une symphonie ! Mozart devait sortir de sa tombe et ramener tout son tsoin-tsoin à chaque fois…! La petite musique raisonnait encore dans ma tête quand mes yeux se posèrent sur son visage, un léger sourire était perceptible sur sa joue, un peu sournois. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu me demander ? J’avais rien pigé.

 

Photos par Vincent Voizard

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