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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 13:17

"En 1976, j'ai participé à un weekend de séminaire avec Tarthang Tulku, l'éminent bouddhiste Nyingma, à l'institut Nyingma de Berkeley, en Californie. Dans une discussion privée, il m'a suggéré avec désinvolture que je pourrais trouver fructueux de passer un moment à parler à voix haute dans un endroit isolé en pleine nature, donnant voix à tout ce qui de moi voulait sortir à cet instant. Cette invitation trouva grâce à mes yeux. Mais au même moment, je la trouvais déconcertante, irréaliste et même un peu folle. J'en ai depuis appris toute la sagesse.

 

Parler au monde, avec le monde et dans le monde d'un ton créatif, c'est découvrir rapidement quelles préconceptions et assomptions nous apportons avec nous dans un dialogue, la toute présence du champ perceptif les rendant soudainement évidentes. Le monde par sa propre expression les réorganisera de manière plus accordée avec ce qu'elles signifient à cet instant et à cet endroit, et interrompra ainsi la tyrannie de la transmission culturelle à travers l'écrit et le langage parlé."

 

 

"In 1976 I attended a weekend seminar with Tarthang Tulku, the Nyingma Buddhist luminary, at the Nyingma Institute in Berkeley, California. In a private talk, he casually suggested I might find it fruitful to spend thirty minutes every day speaking out loud in an isolated place in the midst of nature, giving voice to whatever it was in me to say in such a circumstance. I noticed that the proposal made an immediate appeal. At the same time I thought it was disconcerting, impractical and rather mad. I have since learned its deep wisdom.

 

To talk out loud to the world, with the world and in the world in a creative way, is quickly to discover what preconceptions and assumptions one is bringing to the dialogue, for the very presence of the whole perceptual field will throw them into relief. The world’s own utterance will rearrange them in a form more consonant with what it wants to say at this time and in this space, and will interrupt the tyranny of cultural transmission through the written and the spoken word."

 

Chapter 1, Theory of the person: preliminaries, p.3.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:01

Le ciel est vide, je crois… c’est bien évident, qui pourrait avoir envie de prendre soin de nous ? Et puisque Dieu n’est pas là, pourquoi sommes-nous là ? De quoi sommes-nous le résultat ? Si la vie est donnée sans but et sans être choisie, pourquoi alors choisissons-nous presque tous de la vivre, pourquoi la trouvons-nous précieuse ?

 

Dieu ou pas, la vie ne vient pas seule. Elle est donnée dans un flux Darwinien, avec une volonté d’être. Et cette volonté d’être va forcément avec… un refus de la mort. Malraux le dit joliment dans la Condition Humaine :

 

« Tout au fond, l'esprit ne pense l'homme que dans l'éternel, et la conscience de la vie ne peut être qu'angoisse »

 

Fuir la mort, même si ce n’est qu’avec l’esprit, c’est déjà avouer à demi-mot son amour indéniable, inévitable de la vie… que le détracteur de ce propos se suicide tout de suite.

 

Sans dieux, et donc sans Paradis, comment fuir la mort ? Une fois de plus Malraux nous est utile et bien agréable (dans la Voix Royale) :

 

« La soumission à l'ordre de l'homme sans enfants et sans dieu est la plus profonde des soumissions à la mort »

 

Des Hommes qui font des Hommes pour ne pas mourir… et un retour vers cette irrépressible envie de vivre et de donner la vie pour ne jamais mourir. Nous voulons donc vivre.

 

Mais de quel plus grand mouvement fait partie ce besoin de vie? Ce doit bien, par quelque manière, être une expression de l’Univers, puisque nous en sommes partie ?

 

L’Univers… l’ensemble de tout ce qui existe.  Un chaos d’où naissent les galaxies, les étoiles, planètes, astéroïdes… quel genre de chaos donne naissance à tout cela ? Par quel miracle se retrouve-t-on sur une planète gravitant autour d’une étoile qui la réchauffe, permettant ainsi à l’eau d’être liquide et de rendre la vie possible ? Ceci, un chaos ? C’est une plaisanterie…

 

Les règles physiques qui régissent l’Univers doivent avoir quelque chose de bien extraordinaire pour permettre l’existence d’une telle complexité… peut-être est-ce justement la complexité ? Nous y sommes : L’Univers tend vers la complexité. Un chaos peut-être, mais régit pas des règles qui l’amènent inévitablement à tout essayer pour construire la complexité, une pyramide en somme. A quoi ressemble alors notre pyramide, sur quoi nous appuyons nous ? D’un œil pas du tout scientifique, je dirais…

 

La pensée, l’esprit

 

Les premières formes de vie naissent

 

Ces objets se combinent en systèmes « stables »

 

Des combinaisons s’opèrent, planètes, étoiles, astéroïdes naissent

 

L’Univers naît, c’est le gros bordel, y’a presque pas d’éléments, des formes simples

 

Oui, je sais, la pensée arrive là tout en haut on sait pas du tout pourquoi, j’ai rien expliqué. Ca vient. Je disais donc qu’avec la vie venait cette envie de vivre. Et ceci n’a rien à voir avec l’intelligence (les êtres les plus basiques se battent aussi pour la vie). Puisqu’il s’agît d’une pyramide, chaque étape s’appuie donc sur la précédente et n’existe pas sans elle, vous me voyez venir ? Si la vie vient avec l’envie de vivre, la pensée qui est donnée en s’appuyant sur la vie est une pensée qui veut vivre…

 

Qui sommes-nous ?

 

Une partie de l’Univers.

 

Et pourquoi sommes-nous là ?

 

L’Univers veut la complexité, nous la lui offrons.

 

Mais alors, quelle est l’étape suivante de cette complexité ?

 

...

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 09:52

Qui a le droit de voir la mort s’approcher ? Sa fin, comme un couteau dans le dos, ou en face à face... ou peut-être un je ne sais quoi entre les deux, mais qu’importe s’il n’y a pas de poésie ? Par exemple, cette histoire.

 

Le vieux Louis avait bien plus que l’âge auquel il avait pu imaginer emmener son corps. Il disait « vivre l’instant présent comme un cadeau », c’était faux. Tout au fond, il savait bien que ce n’était pas ce que sa chair lui faisait sentir. Il avait pu tromper son intelligence, mais son corps faisait justice à la vérité. Son corps, cette enclume de douleur et de lassitude qui n’abandonnerait jamais. « Je souffre, mais la vie se bat pour la vie, n’espère pas que j’accepte ma fin » semblaient lui crier sa peau sèche, ses jambes vacillantes, sa respiration sifflante.

 

Un samedi, ou un dimanche peut-être, alors que Louis achevait sa promenade journalière, un souvenir de son épouse lui revint alors qu’il traversait l’unique pont du village, un pont qui l’avait vu tant de fois passer accompagné par cette femme qui avait tout su de lui. Ce souvenir fût l’un de ceux qui en revenant, vous arrachent à la réalité et vous replongent dans un instant passé avec une effroyable exactitude. Louis s’arrêta de marcher, fixant la rambarde du pont où sa mémoire lui faisait voir la silhouette de Claudia. Dans ces quelques secondes, le monde sembla accepter d’oublier le temps qui passait. Sur le seul pont d’un village perdu, les sens d’un vieillard se réveillèrent, aiguisés par la mémoire d’une vie qui s’était un jour trouvée là. A la vue de cette épaisse chevelure brune que le vent faisait ondoyer, il lui sembla sentir son odeur enchanteresse. En songe, Il se vit approcher ce corps, passer une main dans cette tignasse brune, révélant une épaule sur laquelle ses lèvres allaient se poser.

 

Tout comme il avait surgi, ce souvenir se dissipa en un instant, et Claudia disparu une fois de plus. En sortant de sa fascination, Louis eu la sensation que ce souvenir aurait dû être le dernier. Cette ombre appuyée sur la rambarde de ce petit pont quelques secondes plus tôt, cette femme qui s’était promenée dans la plus glorieuse allée de se vie, aurait dû l’emmener avec elle.

 

Quelque part, dans un village dont le nom m’échappe, un vieil homme continua sa promenade après une petite pause. 

 

« Si les choses nous emportaient en même temps qu'elles, si mal foutues qu'on les trouve, on mourrait de poésie. Ca serait commode dans un sens » Louis-Ferdinand Céline

 

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 19:44

[J’ai écrit cet article avec des citations de livres que j’ai lus, je les arrange entre elles, je fais collaborer les morts]

 

Il existe comme ça certaines dates qui comptent parmi tant de mois où l’on aurait pu se passer de vivre. Je savais que ce jour était l’une de ces dates. J’attendais son arrivée. Quelque chose devait arriver à cet instant. J’avais du mal à m’expliquer cette tourmente. Je percevais un mouvement entre elle et moi, et l’impression dominante était celle d’une roue lancée, le mouvement devait se faire sous peine de s’arrêter pour toujours. Avant même qu’elle arrive, je me projettais sa silhouette s’intallant en face de moi, je frémissais des prolongements possibles, des perspectives indeterminées me troublaient. Mon coeur s’emballait à chaque vision, je sentais à son rythme que je respirais mal, comme si j’avais respiré avec le coeur. Elle ne m’avait pas quitté depuis notre dernier rendez-vous et ses vertus, à distance, s’étaient emparées de moi et me travaillaient le coeur sans relâche.

 

 Lorsqu’elle entra, il se fit comme un silence dans mon esprit, tout devint plus clair sans pour autant faire disparaître la tension. Les secondes à cet instant, étaient fortement et solennelement accentuées, et chacune, en s’échappant de ma montre, s’écriait “Je suis la Vie !”. Elle s’assit en face de moi dans un mouvement tout conforme à celui que j’avais imaginé quelques minutes auparavant. Avant que le moindre mot n’ait fissuré le silence, nous eûmes d’abord un long regard. Un regard interminable. Il se produisit dans ces quelques secondes, comme un changement de qualité, et l’on pu aperçevoir ce qui reste caché à un regard qui passe. Les yeux parurent perdre leur enveloppe protectice et silencieusement, nous éclaboussèrent d’une vérité qu’ils n’avaient pas su retenir.

 

La discussion commenca. Je ne saurais pas me rappeler ce qu’il s’est dit à cet instant, la seule chose qui m’en reste est un sentiment. J’avais foi en l’amour qu’elle avait en moi. Je me reflétais dans un autre être et mon image ainsi reflétée, n’offrait rien de repoussant. Dans une détente délicieuse, je m’épanouissais. Je me rappelle ce dégel de tout mon être sous son regard, ces émotions jaillissantes, ces sources délivrées. Il me semblait qu’elle m’aimait sans me regarder, qu’elle m’aimait contre tout, contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi et non ce que j’avais fait ou ferai.

 

A cet instant, rien d’autre qu’elle, que sa chair lisse et ferme ne pouvait compter. L’humanité dans un seul être, elle était tout ce que j’avais vu et aimé, une rage d’amour.

 

 

Céline, Malraux, Mauriac, Soljenitsyne, Baudelaire et Chateaubriand vous remercient de l'au-délà.

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 18:47

Il n’avait pas peur des autres, c’était simple à dire mais peu de gens pouvaient s’en vanter. Quand l’écrasante majorité se sentait étouffée par la méfiance, l’angoisse en abordant un inconnu, lui restait serein. Plus que de la confiance, il y avait de l’intérêt dans l’image qu’il se faisait du monde. Il s’était rapidement fait une passion de cet intérêt à travers la photo. Il aimait saisir les expressions sur des visages. Pourquoi ? Parce qu’il l’avait remarqué depuis longtemps, l’expression, c’était ce qu’il restait quand tout avait disparu… On oubliait tout de son premier amour, sauf peut-être un sourire en coin, un regard saisissant.

 

Ce jour là, il se promenait avec son appareil et sans hésiter, demandait à de parfaits étrangers s’il pouvait leur tirer le portrait, espérant toujours arracher un quelque chose de spécial dans l’expression… Il rencontra cette fois là quelqu’un comme lui. C’était difficile de s’imaginer qui il était pour les autres, une sorte de personnification de l’audace. Ce jour là, il se rendit compte. Il aborda un homme qui attendait on ne sait quoi sur un trottoir, impassible.

 

La conversation toujours menée par lui débuta cette fois là à contresens, l’autre l’aborda :

« Qu’est-ce que tu fais avec ton appareil ? Tu prends quoi comme photo ? »

Surpris par cette rafale de spontanéité, il bafouilla une réponse qu’il trouva lui-même bancale. L’autre ne s’en offusqua pas et continua ses questions, comme lui l’aurait fait :

« Ca fait longtemps que tu fais ça ? Et tu en fais quoi des photos après ? »

Tandis que les questions fusaient, il s’habituait lentement à ne pas mener une conversation.

 

Bientôt, l’exotique en vint à lui demander s’il avait d’autres passions. Notre héros lui expliqua alors tout le tsoin-tsoin. Que ça venait de l’expression sur le visage des gens, qu’il aimait bien figer cette expression, tatati-blablabla, que c’était sa passion.

 

Alors qu’il lui expliquait aimer regarder de temps en temps ses photos et revoir les expressions rarissimes qu’il avait parfois rendues éternelles, il demanda à l’inconnu s’il pouvait enfin faire feu sur lui. L’autre accepta sans porter attention à l’objectif fixé sur lui. Juste avant que notre photomaton ambulant n’appuie sur le déclencheur, il entendit ceci de son interlocuteur :

« Tu sais, Pascal a dit dans les Pensées qu’un homme court volontiers dans le précipice s’il a placé quelque chose devant pour le cacher à sa vue. C’est un peu ça les passions, on est captivé, on ne voit plus le temps passer, on oublie qu’un jour, il faudra mourir ».

Le flash survint alors.

La photo ne fût pas extraordinaire, banale même. C’est l’expression dessinée sur le visage de notre star qui marqua à jamais cet inconnu. Juste avant le flash, moins d’une seconde avant, il avait discerné ces trois mots, « il faudra mourir », empreindre ce visage de la plus profonde tristesse. Une tristesse qui resta incrustée en lui jusqu’à ce qu’à son tour, il fallu qu’il meurt, et que tout soit éclipsé.

 

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Photo par Vincent Voizard

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 20:45

On est arrivé tard. C’était rien de pressé cette soirée, on se promenait sans savoir vraiment où on allait, ça inquiétait personne dans le groupe. On n’était pas là pour s’inquiéter.

 

Quatre jours plus tôt on était arrivés à Leeds, on venait passer une semaine anglaise. Une semaine à déambuler, à suivre les copains sans réellement chercher l’endroit où on allait. Comme cette soirée où on avait atterri à Wakefield… Je suivais. C’était agréable ces petits anglais ! Polis, la langue pleine de chansons : ‘WwWwWw’ par ci, ‘thethethe’ par là. Ca sonnait bien, une charmante musique quand on ne tombait pas sur un bœuf.

 

Ce soir là, on était une petite expédition à chercher ce bar dans des rues anglo-glaciales. On arrêtait tout le monde, « ouère iz Zeuh Op pliz ? Ze peub ! », ensuite on faisait la gueule, fallait saisir quelque chose ! Mais je laissais les autres négocier le sens de ce qu’ils avaient entendu. Je trouvais criminel de coller du sens à ces bredouillages magnifiques. Comment ce superbe « Iouteïkzeuhfwstonzewaïte » pouvait-il vouloir dire quelque chose ?... Il devait rester cette masse sonore fascinante, il ne devait pas vouloir dire qu’il fallait prendre la première à droite. Non…! C’était des myriades d’amour qui devaient se trouver dans ce charabia, des promesses éternelles ! Pas de ‘première à droite’, non non non ! C’était un vers pour des amants : dans l’obscurité avant de se quitter, on s’étreindrait une dernière fois en se susurrant un suave « Iouteïkzeuhfwstonzewaïte » à l’oreille… Oui mon amour, « Iouteïkzeuhfwstonzewaïte » !

 

On a quand même fini par y arriver au ‘Zeuh Op’, je me demandais qu’est-ce que c’était ce fameux ‘Zeuh Op’ dont j’entendais le nom bizarre depuis des heures. Je me souviens bien cette impression que j’ai eu en découvrant que ‘Zeuh Op’ était en réalité ‘The Hop’. L’image de l’épaisse porte en bois portant le nom du bar m’est restée en tête, intacte.

 

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Pour les bars ils savent ces anglais, ils savent… Il faisait bon, c’était chaleureux, un groupe jouait ce que j’espérais entendre avant d’entrer : un bon rock anglais comme on n’en fait pas en France (on sait pas faire). On s’est installé près de la scène, sur le côté. J’ai d’abord apprécié la musique. Il y avait du style, des cheveux longs à s’en cacher le visage et de l’énergie… ah l’énergie ! Ca gueulait, ça tapait sur sa guitare, ça tenait pas en place. De la colère, presque ! Du bonheur, complètement !

 

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J’avais pas regardé ailleurs depuis le début de la soirée, j’allais au bar commander la tête tournée vers la scène. On était à peu près les seuls à offrir autant d’attention au groupe. Pour les autres, ça avait l’air normal, ils s’en foutaient. Après ma troisième pinte, je me suis dit qu’il valait mieux regarder où je marchais parce que je marcherais peut-être plus très droit, alors j’ai finalement tourné la tête… Au bar, le même serveur m’a servi la même chose. J’ai regardé un peu autour, j’étais à côté d’une brune qui buvait un café, un capuccino peut-être. C’était une locale parce qu’elle tournait le dos à la scène, elle s’en foutait aussi.

 

Elle m’a regardé et m’a adressé un sourire qui m’aurait fait plaisir si j’avais été sobre. Après trois verres et quelques gorgées d'un quatrième, j’avais littéralement fondu en voyant ses dents. Autre effet de ces trois-pintes-et-des-poussières, je commençais à croire que je parlais anglais, j’ai donc engagé la conversation, plein de confiance. Ca s’est encore mieux passé que je ne l’avais imaginé, elle riait en m’entendant parler. Après les premières phrases classiques de présentation, elle m’a posé une question. Puis s’est plongée dans son café, ou son capuccino.

 

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J’avais encore adoré l’anglais de cette phrase. Ils chantaient déjà en disant des trucs mais quand ils posaient des questions, c’était une symphonie ! Mozart devait sortir de sa tombe et ramener tout son tsoin-tsoin à chaque fois…! La petite musique raisonnait encore dans ma tête quand mes yeux se posèrent sur son visage, un léger sourire était perceptible sur sa joue, un peu sournois. Qu’est-ce qu’elle avait bien pu me demander ? J’avais rien pigé.

 

Photos par Vincent Voizard

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 00:43

« Le voyage dans le sang »… C’était l’expression fétiche que les proches d’Adeline utilisaient pour parler d’elle en son absence. Autour d’un café, ils lâchaient invariablement ces cinq mots qu’ils associaient à un sourire plein de mélancolie, un soupir s’y ajoutait parfois lorsque le manque devenait pesant. Cette rage du mouvement avait façonné chez eux une image toute particulière d’elle, ils ne la pensaient comme personne d’autre. Il leur semblait qu’Adeline était un mirage, une apparition furtive qui profiterait sans aucun doute du premier instant où leur regard n’était pas fixé sur elle pour disparaître loin, se volatiliser.  Cette brutalité dans ses apparitions et ses disparitions créait chez eux une sorte d’adrénaline en sa présence, elle était là !... quand est-ce que la rupture arriverait ?... combien de temps restait-il ? Cette tension était une presque-magie, Adeline en était le meilleur tour.

 

Marchant seule dans New York par un après-midi nuageux, Adeline n’avait jamais eu la moindre idée de ce qu’elle pouvait provoquer à des milliers de kilomètres de là. Elle était sortie depuis quelques heures et se promenait en laissant les rues défiler au hasard sous ses pieds. Elle ne le savait pas non plus, mais ce 10 Avril 2009 à 17 heures 24 précises, lorsqu’elle choisit de prendre la rue de gauche dans ce quartier nommé Five Pointz, elle bouleversa sa vie. Quelques 22 secondes plus tard, elle remarquerait une forme sur un mur au loin, deux minutes de plus et sa démarche ralentirait jusqu’à arriver à hauteur de ce mur sur lequel un inconnu avait soulagé son talent des mois auparavant.

 

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Elle avait marché jusque là en laissant la chance décider, ce visage était venu à elle. Le portrait était d’une noirceur qui l’aurait d’ordinaire laissée de marbre, mais au moment même où elle était arrivée en face du mur, les nuages avaient autorisé le passage à quelques rayons de soleil qui se reflétèrent sur la peinture noire pour donner au tout un éclat charismatique. Elle regarda d’abord ces deux mains qui disaient « Par ici, regarde mes yeux » - ce qu’elle ne tarda pas à faire. En abandonnant son regard à celui de cet homme, de ce mur, elle entra dans un moment de désarroi. Le tag eu l'effet d'un miroir. Mais à personne presque-magique, miroir presque-magique, il préféra renvoyer son âme à Adeline plutôt que son image. Elle ressentit alors ce qui à des milliers de kilomètres provoquait ces cinq mots, "Le voyage dans le sang"... Elle fixa encore ce mur, cet homme, ce miroir une minute, puis couru jusqu’à la première station de métro qu’elle trouva, le sort voulu qu’elle s’appela Court Square. Les nuages vinrent à nouveau masquer le soleil dont les derniers rayons firent scintiller les larmes qui perlaient sur ses joues.

 

Photo par Vincent Voizard

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 22:44

Dans cette forêt où la nuit est tombée depuis quelques heures, une âme avance, hagarde. Sans savoir où il va, Adam sait pourtant qu’il ne faut pas s’arrêter. Il fuit cette douleur qui déjà le terrasse en chemin, ce nuage de folie et de détresse qui menace de l’envahir à chaque halte. Il a tout essayé mais le magma qui l’habite est le plus fort. Qui est-il ? Pourrait-il répondre à cette question à cet instant ? Aucun espoir, l’Adam d’un jour heureux rirait de ce presque-cadavre défilant seul au milieu des arbres, se reconnaitrait-il seulement ?

 

La brume fraîche des nuits qui le ferait normalement frissonner n’a aucun effet ce soir. Il n’y a aucune présence, Adam est ailleurs. Son corps attend le signal, l’ordre de se crisper de froid, de trembloter pour se réchauffer juste un peu, mais Adam n’est pas ici. Cette forêt, ce froid, ces craquements de branches et cette petite brise, il ne les voit pas, il ne les sent pas, ses sens sont éteints, annihilés. Il y a juste cette chair vide qui avance, avance…

 

Ses pensées sont comme de petits chocs électriques, elles passent mais refusent de s’entrelacer dans un raisonnement. Et lorsqu’un de ses sens s’éveille et qu’il distingue le craquement des graviers sous ses pieds, ce bruit est comme une douleur de plus, un massacre sonore. Sans s’en rendre compte, il entre dans une petite clairière située au milieu de la forêt qui défile déjà depuis longtemps sans capter son attention. Un peu de lumière arrive jusqu’à ses pupilles dilatées sans avoir le moindre effet.

 

A chacun de ses pas, un nouveau « pourquoi ? » le hante. Une douleur si forte l’assaille qu’il pense être devenu fou depuis bien des heures. Son âme attachée à une idole envolée est orpheline. Où est passée cette histoire avec laquelle il a grandit ? Est-ce finalement ça, le monde comme il est ? Adam sans Eve, point final ?

 

La silhouette avance, « Pourquoi ?... Pourquoi ?... Pourquoi ?... Pourquoi ?... » et pénètre à nouveau dans la végétation où la brume finit de la rendre invisible. En sortira-t-elle ?

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 22:37

Juste de l’eau, c’était ne penser à rien qu’Elise avait souhaité en tournant d’abord les robinets de ce bain. Assise contre la porte, elle regardait l’eau couler. Elle avait ramené ses genoux sur lesquels son menton s’était déposé pour soulager le poids de cette tête trop lourde.

 

Elle se sentait emportée par une chose qui la dépassait. Chacune de ses pensées naissait puis allait mourir dans un abîme d’émotions contre lequel sa volonté n’était plus rien.  Elle sentait la folie tournoyer autour de son corps frêle, à peine devenu celui d’une femme. Mais déjà, endurait-elle les pires blessures que l’existence puisse connaître, celle dont les plaies restent invisibles et qui jamais ne sont reconnues.

 

Elle se leva, se déshabilla et avant d’entrer dans le bain, alla regarder son reflet dans le miroir. Elle passa une main sur ses joues sèches et, troublée par l’expression livide de son visage, sourit. Ce sourire fût comme une torture de plus infligée à cette face blême : la bouche feignait vainement un signal positif quand les yeux laissaient paraître un accablement terrible. L’expression de ce minois était bien lointaine d’un simple spleen. On était ébranlé par ce malheur non seulement parce qu’il paraissait immense, mais parce qu’on n’y distinguait plus de détresse. On ne voyait qu’un abandon et alors, comment résister à l’effroi ? Ce visage, un visage d’une vingtaine d’année, sans un mot, nous disait « Oui, tu ne t’y trompes pas, je renonce ».

 

Elle entra enfin dans le bain, laissa sa tête tomber en arrière, essaya de faire le vide. L’inverse arriva, elle pensa alors beaucoup moins confusément qu’auparavant. Elle se dit «  Je n’ai plus personne, qui pense à moi ? Si je meurs maintenant, qui sait  dans combien de temps on viendra me trouver ici ». Elle sentit que l’étreinte de l’eau chaude avait réveillé son esprit et frissonna en se rendant compte qu’elle avait formulé « Si je meurs… ». Elle l’avait dit, elle y avait pensé.

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 15:39

Les esprits se déliaient à vitesse croissante et, par groupe de trois ou quatre peut-être, les discussions déroulaient, plus ou moins captivantes. L’assemblée s’en allait dans des débats infinis, sirotait, débâtait à nouveau, ceci était aberrant !... cela intolérable ! Et ça trinquait encore. Les sourires, au fil des minutes se transformaient en fous-rires. Il y avait ceux qui n’avaient pas bougé depuis plusieurs heures et qui toujours parlaient de la même chose, et il y avait les voyageurs qui avalaient les kilomètres, changeant continuellement d’air. Elle était voyageuse, il était sédentaire. Elle était entré dans la chambre d’on ne sait qui où un long débat sur la solitude refusait de se terminer entre lui et deux autres protagonistes. Elle entamait son verre tout en l’observant entrain d’épiloguer sur le bonheur de retrouver les gens après s’être sentit seul, après leur avoir manqué. Elle trouva l’idée intéressante, elle était de son côté. Pas même parce qu’elle pensait la même chose, elle avait juste aimé la manière dont il avait exprimé l’idée, elle l’aurait écouté des heures. En fait, elle devait aimer sa voix, les mouvements de ses lèvres peut-être. Lui, ne l’avait pas encore remarqué, il était comme emporté par ses idées, tiré vers un océan de réflexion. Soudain, une voix d’homme dans le couloir cria ce qui devait être un nom et les deux autres protagonistes du débat quittèrent la pièce dans une joie furieuse. A ce moment, il fût bien obligé de la remarquer, seule, en face de lui. Il s’approcha très légèrement et avec un ton d’une sympathie séductrice, lui demanda «  Et toi ? La solitude, tu en penses quoi ? ». C’est dans cette seconde où il posa la question qu’ils se regardèrent dans les yeux pour la première fois de la soirée. A la faveur de l’alcool et de l’obscurité, leurs pupilles à tout les deux étaient devenues énormes, étourdissantes de noirceur, ils s’y perdirent. Dans le cul la solitude.

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