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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:30

Je vais vous raconter une histoire, une vraie. C’est un après-midi à Louis-Ferdinand Céline. C’est à Meudon, le type a alors 67 ans et se dit qu’il serait peut-être temps d’arrêter d’écrire…C’est de cet après-midi là que je vais vous parler, celle de la fin de son œuvre. Il termine donc ce premier juillet 1961 son tout dernier livre : Rigodon. Avec toute l’émotion qu’on doit imaginer… Il va prévenir sa femme, Lucette Almanzor (danseuse) que le bouquin est fini pour de bon, que sa vie d’écrivain touche à sa fin. Il s’installe ensuite à son bureau et écrit une lettre à son éditeur monsieur Gallimard, il le prévient que Rigodon est prêt. Voilà, Céline est alors à la retraite… et meurt le soir même à 18 heures.

 

«  Si les choses nous emportaient en même temps qu’elles, si mal foutues qu’on les trouve, on mourrait de poésie. Ca serait plus commode en un sens. » Céline – Mort à Crédit

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 20:25
C'est dans un café, une fille un peu jolie, un peu bavarde qui en rencontre une autre toute pareille... Et ça commence de manière normale... On se dit bonjour, on se demande des nouvelles, on fait plus ou moins attention aux réponses. Ce serait presque mignon à regarder comme ça... on colle un morceau de piano en fond et ça nous fait une scène de film... de petit bonheur parfait tout à fait enviable. Mais approchez un peu vos nez, venez fuiner dans la conversation, qu'est-ce qu'elles se disent donc après les banalités ?

- Ca va pas super avec mon copain en ce moment...

- Moi je cherche un cadeau pour l'anniversaire de mon frère, t'as pas une idée ?

- Il passe son temps avec ses potes, il m'envoie plus de message...

- Une montre, c'est cool tu crois ?

- Je sais pas à quoi il pense, j'espère qu'il m'aime encore !

- Ou peut-être un truc dingue comme un saut en parachute ! Non ?

- Je perds du poids avec cette histoire, l'angoisse tous les jours... 

- Ouais t'as raison, la montre c'est moins risqué !

- Mais ça me fait plaisir de te voir, d'en discuter !

- Oui, va pour la montre ! Merci beaucoup pour ton aide !

- Je t'en prie, merci à toi de m'avoir réconfortée !

Ah les saloperies ! Elles s'écoutent même pas !... elles s'en rendent même pas compte ! Ah comme c'est moche d'être toutes remplies de soi-même comme ça ! La rencontre bien laide, bien suintante d'égocentrisme inconscient !

Ah, ça me dégoute...Oh ! c'est immonde !
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 23:03

Je me lève, me lave et déjeune en sifflant, je prends mon temps. Je sors, les mains dans les poches. L’air a cette légèreté des matins ni trop frais ni trop chauds, il est 10h. Aujourd’hui, rien d’important n’est prévu, c’est une journée pleine d’insignifiance, je ferai ce que j’ai à faire, rien de décisif. Je lève le nez vers un ciel d’un bleu habituel pour la saison. En baissant la tête, j’aperçois une silhouette féminine fraîche au loin. Une démarche planante, une silhouette printanière pleine de voltiges et de sursauts embaumée d’une légèreté insolente, une brune. Je continue ma route tranquillement, les yeux fixés sur elle, je reprends mes sifflotements. Un tournant sec sur la gauche et je retrouve ma silhouette entrain d’attendre à un feu, je m’arrête à sa hauteur en regardant le sol, je ne siffle plus. Nous traversons côte à côte cette large rue ensoleillée dans le boucan citadin. En arrivant au feu, j’ai pu apercevoir son profil, un petit nez joli que je me ressasse en marchant si près d’elle. Arrivé de l’autre côté de la route, je suis à nouveau derrière elle, ses cheveux lisses brillent au soleil et me percent les yeux, je les plisse pour ne pas baisser la tête. Elle s’arrête à hauteur de mon arrêt de bus en se mouchant, le petit nez joli n’aime pas le pollen ? Quoiqu’il en soit, le paquet de mouchoir remis hâtivement dans le sac tombe sur le sol sans qu’elle s’en aperçoive. Je m’approche sans rien brusquer d’autre que mon rythme cardiaque et ramasse le paquet. Je me rends compte en trouvant ce paquet de mouchoir très beau et intimidant qu’on donne les mêmes caractères aux objets qu’à leurs propriétaires. Je me relève, « tu l’as fait tomber ». Les mots, en passant, me chauffent la bouche comme une gorgée d’alcool. Deux yeux pleins d’autorité, brun aussi. Un petit front rond, des mâchoires carrée et toujours au milieu, ce petit nez. Joli ! Soudain, l’autorité s’effondre comme un masque mal porté et un sourire m’est offert en remerciement. Je m’installe près d’elle avec un sourire béat, ineffaçable. Le bus arrive, nous montons. A l'intérieur, nous nous retrouvons debouts dans la foule, presque collés. Ce jour de beau temps, cette journée d’été programmée pour n’être rien, ce petit morceau de vie tout destiné à être du remplissage et à s’égarer dans les brumes de mon existence est finalement le plus important de ma vie, le jour où j’aurai rempli une seule personne de toute ma rage d’amour, de ma folle passion de mettre l'humanité dans un être, un seul.

 

« Il existe comme ça certaines dates qui comptent parmi tant de jours où l’on aurait pu se passer de vivre. » Louis-Ferdinand Céline – Voyage au bout de la Nuit.

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 23:57
C’était dans un boui-boui, un restaurant où l’on servait du manger pas bon, pas frais non plus. Un restaurant parce qu’il faut manger pour survivre. J’étais mal installé mais ma faim misérable me clouait là, devant un plat tout rempli de merde. J’allais enfourcher ce tas de bouillie, ce fumant amas de légumes pas reconnaissables. J’hésitais un peu, c’était pas facile de s’avouer vaincu par ma condition chaque jour, chaque fois qu’il fallait à nouveau avaler ces trucs infâmes. 
Seulement ce jour là, ça n’allait pas se passer. Un vieux déboulait bientôt en furie dans le restaurant, comme s’il avait été en retard de plusieurs années. Il se précipitait. Boum ! Ce vieux petit cul tape sec sur la chaise à côté de la mienne. Paf ! Paf ! Les deux coudes qui s’imposent bruyamment sur la table et le voilà comme une statue. Il est essoufflé, il va crever ! Mais non, il me fixe avec un regard blasé et colérique, qu’est-ce qu’il veut ? Il entame le dialogue :
- Est-ce que tu te méfies de toi-même ?
- Là, plutôt de toi.
- Sacré con de con ! Qu’est-ce que je t’ai fais moi ?
- Tu me tutoies, tu m’insultes et tu t’es baigné dans la merde pour puer comme ça ?
- Ne fuis pas ma question. Ne te prends pas pour le bienfaiteur de ta personne, tu démontres tous les jours le contraire.
- Qu’est-ce que je me suis fais ?
- Ton boulot de merde qui te fais fréquenter des cons et te rapporte juste assez pour ne pas crever mais nourrir une vie pitoyable de cul-terreux. Tu t’es empêtré dans le cercle vicieux de la nullité.
- Alors que toi tu as l’air de t’en sortir fantastiquement bien.
- Qu’est-ce que j’ai à voir avec toi ? Ne fuis ta propre personne, baisse plutôt la tête et regarde le trésor de merde que tu t’apprêtes à engloutir, considère le néant de plaisir dans ce plat.
Je baissais la tête, vaincu. L’horreur dans l’assiette me servait de miroir, j’y voyais mon échec, la décrépitude générale de mon existence. Devant une telle évidence, ma conscience oubliait sa nonchalance, j’étais foudroyé par la volonté de devenir…
Crrrac ! Le vieux ! Paf ! Badaboum ! Ecroulé par terre, la chaise par-dessus, je me précipite, je me grouille de me baisser. Il était déjà raide mort, blanc et refroidi. Quelque chose d’étrange s’exprimait sur son visage, il s’y dessinait un contentement, comme si je l’avais rendu heureux. Je me relevais rapidement et tournait la tête vers l’assiette encore intacte. J’allais la saisir d’un geste et la démolir, j’allais exploser. J’explosais, en sanglots.
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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 10:13
De côté sur son lit, Claude observait la cime d’un saule qu’il pouvait apercevoir dans le cadre de la fenêtre. Trois jours plus tôt, dans cette pièce et dans cette même posture, on lui avait annoncé avec une précision effroyable le scénario qui l’attendait. Il avait passé sa vie à se questionner sur ce moment... Comment allait-il mourir ? Cette question lui avait toujours semblé être une spéculation ridicule. Ce qu’il redoutait dans la mort, c’était ne plus pouvoir en douter, c’était de la voir s’approcher lentement et grignoter son être. Qu’il se rende compte. Jusque là, Claude avait vécu dans le déni, il avait laissé les années s’enchaîner sans pencher sa conscience sur cette maladie qu’était le temps et qui venait à bout de tout. Mais trois jours plus tôt, il avait entendu un verdict d’une clarté torturante : il lui restait moins d’une semaine.
Depuis ce moment, il se sentait d’un autre monde. Et déjà, les visites pourtant nombreuses de ses proches ne faisaient que l’éloigner de cette chambre où tout devenait sans cesse plus gris, plus lointain. Il tentait de s’échapper en regardant ce saule danser dans le vent sur un fond de ciel bleu pendant que sa femme, ses enfants, ses amis tentaient de le reconnecter à leur monde en lui énumérant des nouvelles dont ils savaient pourtant qu’elles n’avaient d’intérêt et d’impact que pour eux.
Il sombrait dans des rêveries où des choses étranges n’ayant aucun lien avec sa vie lui apparaissaient : des mélanges de couleurs chatoyantes, des formes subtiles qui s’agitaient. Tout cela dansait dans sa tête et lui évoquait des idées, des concepts vagues qui plongeaient sa conscience dans une torpeur terrible à laquelle s’ajoutait la douleur de son abdomen cancéreux.
Dans ses rares moments de lucidité, Claude se demandait pourquoi ce qu’il redoutait le plus lui arrivait, il souffrait alors cette peine : l’horreur de la solitude face à la mort. Il sombrait dans des questionnements… Qu’avait-il été ? De quoi était-ce la fin ? Dans sa demi-conscience, il lui semblait que toute cette fourmilière humaine était d’une absurdité immense et que sa mort en était l’implacable, l’indubitable preuve.
Pour plus de confort, on avait installé dans sa main un appareil sur lequel il suffisait d’appuyer pour augmenter la morphine. A chaque lancée de douleur, Claude tapotait fort le bouton sans savoir qu’il avait atteint la dose maximum depuis des heures. La douleur devenait si forte qu’il n’arrivait plus à l’identifier comme il lui était parfois arrivé de confondre de l’eau bouillante et très froide en y passant un doigt.
Progressivement, il lui sembla que son corps devenait une masse morte à laquelle il demeurait attaché. Ses jambes n’étaient plus que deux formes sous la couverture, inutiles et insensibles. A quoi penser à la fin ? A son inconséquence ? Ni ses enfants, ni dieu n’avaient finalement réussi à tromper la mort, elle le lui signifiait à chaque seconde en poignardant plus profondément sa chair déjà meurtrie.
Lentement, l’enfer de souffrance s’envola pour laisser place à une tranquillité pleine d’intensité. Claude vit vaguement un visage se tourner vers la fenêtre sans parvenir à le reconnaître, il tourna la tête à son tour. Une lumière pénétrante l’envahit sans l’éblouir, le soleil avait choisit de se montrer au crépuscule de sa vie. Il offrait à présent un peu de chaleur à sa face crispée par le calvaire enduré. Il ferma les yeux et sentit qu’on s’agitait à son chevet mais tout cela lui semblait si étranger, tellement insignifiant qu’il n’y prêta aucune attention. Il sombra insensiblement dans le néant faisant perdre à sa figure toute apparence humaine. La tension de ses traits se relâcha en quelques secondes. Il n’y avait plus de souffrance, il n’y avait plus de vie.
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 22:38

Ca pourrait être une petite virée en famille, histoire de voir un peu à quoi ressemble le grand large, mais non. Aujourd’hui, le grand large est l’obstacle à franchir et il n’y a pas de famille, seulement trois époques qui attendent de voir où cette barque va atterrir, le sort qui les attend.

 

A l’avant, Placide sert fort la pointe de l’embarcation comme s’il lui transmettait la force pour aller jusqu’au bout. Au fond, il ne sait pas pourquoi il est là, sur l’eau. Il sait les souffrances de ses parents tutsis, il fuit pour eux, il trouvera l’Eden pour eux, il est eux. Il prie frénétiquement pour éloigner la mauvaise fortune, celle qui a fait des siens les victimes du génocide le plus rapide de l’histoire.

 

Couché au centre du bateau, le ventre serré, Souleymane lutte pour ne pas pleurer. Il sait qu’il ne reverra peut-être jamais son Soudan, il souffre cette peine et cet abandon dans l’horreur de la solitude. Il ne sait pas encore que le monde découvre à peine la guerre civile qui a tué sa famille.

 

Assis derrière, Tensaye chante à la gloire du nouveau monde. Il imagine une abondance extraordinaire, il en rêve si fort qu’il oublie sa faim. Il pense pourtant à celle des siens et embrasse la croix qu’il porte autour du coup, quelques mots pour ses parents restés en Ethiopie suivent ce baiser.

 

Ils n’en ont pas forcément conscience, mais un lien les uni : La connaissance de ce fil si mince, le dernier fil auquel ils étaient suspendus. Celui qui se révéla soudain un câble d’acier, de platine, et bien plus éternel que tout, l'amour de la vie.

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 00:11

Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ce poids terrible me terrasse-t-il toujours si facilement lorsque la solitude de la nuit gagne mon esprit ? Comme si le ciment de ma vie partait en d’infimes et insignifiantes poussières et que rien ne pouvait plus me convaincre de la valeur de mon existence. Comme si toutes ces choses bien visibles et bien palpables n’étaient plus rien, ne représentaient plus rien. Ce qui est terrifiant, c’est d’avoir cette lucidité de remarquer ce que notre condition nous amène à être : plusieurs êtres différents en un seul, des êtres déchirés par leur oppositions, par un cruel manque de sens dans tout ça… Ce qui est haïssable, c’est de n’être pas ébloui par la vie, c’est d’avoir la bassesse de ne voir que le misérable dans la condition humaine.

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 22:26

Aujourd’hui, j’ai été en ville et dans une longue rue droite j’ai croisé une fille aux yeux noirs. Très belle, il y a eu un regard. Je me suis retourné, elle non. J’en suivais ensuite une autre dans un tournant, elle aurait pu faire tomber son briquet, je l’aurais ramassé pour elle. Je suis arrivé à la fac, et quand je suis passé devant le bâtiment principal, une grande blonde aux cheveux bouclés m’a regardé, j’aurais dû la voir. J’ai aussi été photocopier mon emploi du temps. J’aurai voulu que cette fille un peu garçon manqué, à l’autre photocopieuse, ne sache pas la faire fonctionner. J'aurais pu lui expliquer, mais elle savait. Après, j’ai pris le chemin du retour. Je suis passé près d’une brune arrêtée qui démêlait un nœud dans ses écouteurs, mes yeux ont quitté son visage au moment où elle relevait la tête. Aujourd’hui, il ne s’est rien passé.

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 21:34

Frotte autant que tu veux, c’est peine perdue. Parce que la force la plus immense est risible, parce que je resterai. Je t’aime et je t’aime. Dense, solide et impressionnant, des bagatelles pour juger mon penchant. Mon amour sera  prodigieux, inaltérable, irascible. Je ne cèderai pas, je paierai tous les prix pour tes éclats. J’implorerai la providence pour qu’elle me jette sur ton chemin, je composerai les plus belles coïncidences. Je feindrai ce qu’il faudra, je jouerai mon meilleur rôle, je serai faux jusqu’au dégoût. Toujours dans l’espérance d’une seconde d’étreinte, je serai ton ombre prête à tout. Prépare-toi aux plus grands périples, à fuir comme personne avant. Pas de traces ni d’espoir permis. Je flairerai les cendres d’une chance à des kilomètres, à des années. Et je t’aime et je t’aime.

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 14:34

L’autre jour, alors que je dégustais un café de qualité avec un fumet à vous faire frissonner, le téléphone se met à brailler. Aigri, je décroche quand même :

- Oui ? Dis-je frustré.

- Salut, c’est un sage à l’appareil. J’appelle pour savoir si tu as des questions.

- Et tes réponses seront toujours justes ?

- Tu verras, question ?

- Pourquoi le temps ne passe jamais à une vitesse qui me convient ?

- Le temps est l’ennemi qui te battra toujours, il rend tes bonheurs moins longs et tes difficultés interminables, et tu n’y changeras rien.

- Génial, quelle gaieté. Et le bonheur alors ?

- Le bonheur est un rêve, oublie-le. Seul le plaisir à l’avantage d’exister alors ne te fie qu’à lui.

- Hé ben ! J’hésite à te parler d’autres choses, tu massacres tout ce dont tu parles, vieux chacal ! Et l’amour alors ?

- Ah ! Je l’attendais ! Hé bien, statistiquement t’as pas grandes chances de vivre l’amour avec un grand A, mais tu peux toujours essayer…

- Bon OK,  une dernière pour toi, rabougri ! La mort ?

- Hem, la mort…

- Ah, t’as beau être un sage, la mort tu connais pas, hein ! Crève donc pour voir, charogne !

 

Je raccroche et retourne m’asseoir auprès de mon café…

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